Une journée dans les montagnes de Sapa
Arrivée à Sapa à 5h30, ou plutôt à Lao Cai, une ville en contrebas. Un van vient nous chercher pour nous déposer dans nos points de rendez-vous respectifs.
Moi, on m’emmène à l’agence Sapa Sisters. Elle organise ces trois jours de trek parmi les Hmong. Ma guide en est une, elle s’appelle Tung. Elle a 41 ans. On est accompagnés par ce qui sera mon hôte à midi, Nana.
Aujourd’hui, on s’engage dans une marche de 15 km entre Sapa, Y Lynh Ho, Lao Chai et Ta Van, où je dormirai dans un homestay, une nuit chez un habitant.


L’air est très humide, il fait une dizaine de degrés, il pleut un peu. Dans le van pour Sapa, j’ai vu au loin de nombreux glissements de terrain. Notre chemin est donc partiellement boueux, et glissant.
Nana marche là-dedans, avec un panier sur le dos, le sourire aux lèvres comme si de rien n’était. Elle n’aura pas eu besoin de bâton pointu en bambou en guise de canne, contrairement à Tung et moi.
Je ne les ai pas vues glisser une seule fois.
La brume est épaisse entre les montagnes, j’ai peur qu’on ne voie rien à plus de 10 m. Patience, plus avancera cette journée et plus les nuages laisseront place à de petits moments ensoleillés.
Ainsi, petit à petit, les rizières se révèlent à moi, elles reflètent le blanc du ciel dans nos yeux.


Tung m’informe ici et là de ce que nous avons sous le nez :
Cette plante sert à la production d’indigo, dont les femmes Hmong raffolent pour leur production de vêtements ;
Cette feuille servait, à l’époque où les téléphones n’existaient pas encore, de moyen de communication entre un amant et un autre : en la plaçant entre son pouce et son index légèrement enfoncé, puis en tapant dessus avec la paume de son autre main, un gros claquement distinctif se faisait entendre, sonnant la marche des amours ;
Ici une araignée jaune et noire venimeuse ;
Au loin tel petit village ;
Là telle plante comestible.
Elle m’explique que son mari l’a quittée et qu’il a pris la garde de ses deux enfants ainsi que la maison familiale. Elle a dû retourner vivre chez ses parents, dans une petite maison dans les montagnes. Elle est allée une fois à Hanoï, il y a de cela 15 ans, et n’avait pas voyagé depuis.
Les femmes ici ont l’air très indépendantes. J’en vois des tonnes travailler leurs tissus devant leur maison.
Elles ont souvent les doigts colorés, du bleu indigo. Elles s’habillent très distinctement, des foulards multicolores sur la tête où le violet domine, des sacs et des vêtements aux lignes et aux motifs symétriques.
Chez notre hôte du soir, la tradition veut qu’au Nouvel An, un nouveau vêtement pour chaque enfant de la famille soit confectionné. Je la voyais dehors jusqu’à tard dans la nuit, ne chômant pas dans la dernière ligne droite pour créer ces vêtements.
Il est l’heure du déjeuner chez Nana, avec ses deux enfants en bas âge qui me regardent comme une chose mystérieuse.
La maison est très rustique, toute de bois faite, posée le long d’une rivière au courant doux. Un chien la garde.
On entre par la pièce où se situe le feu, une partie de la cuisine faisant office de salon lors des heures trop froides, on entre dans les chambres puis enfin dans la salle à manger.


En prenant la porte de droite, une terrasse donne une vue dégagée sur la rivière et la montagne. On est en plein dans une vallée, au milieu de nulle part.
La terrasse fait aussi office de cuisine, l’eau étant captée ici dans la rivière pour nettoyer les aliments et les ustensiles. On coupe les viandes à cet endroit.
À deux pas, les toilettes, un simple trou dans une pièce sombre, où l’eau de la rivière envoie les déjections en contrebas.
On va manger du cochon, du poulet, des légumes et du riz. Je teste pour la première fois des pieds de poulet, peu d’intérêt pour moi, mais eux en raffolent et adorent les mâchouiller. Rien ne se perd.
Y a une souris morte au-dessus des fourneaux près de l’entrée.
Fin du repas, c’était excellent.
Nana me propose des tissus et des écharpes qu’elle aurait confectionnés elle-même. Son accueil était si chaleureux, j’ai pas su dire non et j’ai jeté mon dévolu sur une écharpe verte à 300 000 VND.
Elle me remercie et me dit plusieurs fois “You help me !”.
On repart pour notre trek, c’est des montées et descentes glissantes, mon genou gauche commence à me déranger, mes pieds sont de plus en plus sensibles aux cailloux.
J’ai des bottes bleues en plastique made in Vietnam, sans aucune protection entre ma plante de pied et le sol, autant dire que j’ai les pieds en compote.


15 km après, on est donc arrivé à Ta Van, notre lieu de repos. On loge dans un homestay.
Je ne suis pas le seul voyageur ici, je rencontre des Canadiens, un père et sa fille. Lui est professeur de français, elle est dans l’UX design.
On parle du bouddhisme, de la méditation, de la langue française au Canada et de la bataille avec l’anglais, de notre expérience du Vietnam.
On mange, on se prend des schnaps avec les propriétaires.
Sur les murs, une quinzaine de diplômes et certifications flanqués du symbole de l’État communiste.
Le lit et l’oreiller puent la transpiration, la moustiquaire est remplie de poussière, le bois claque et crépite en continu (des insectes ? le chauffage fait péter les fibres de bois ? je ne veux pas savoir à ce moment-là…).
Qu’il est dur ce lit !
Mais bon la fatigue m’a finalement eu, et je dors rapidement.




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